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Mercredi 13 juin 2007

L'entretien commençait mal. "Merci d'être avec nous, Ségolène Royal", disait David Pujadas. "Oui", répondait l'intéressée d'une voix blanche, apparemment à cran. C'était lundi 11 juin dans le journal télévisé de France 2. On venait de voir une série de reportages sur plusieurs amis de Ségolène Royal en ballottage défavorable pour le second tour, tels que Jean-Louis Bianco, Arnaud Montebourg et surtout Jean-Pierre Chevènement. Comme si elle portait la poisse. "Vos proches sont en difficulté, cela vous affecte, cela vous déstabilise ?", s'enquérait le présentateur. "D'abord, tous les candidats socialistes sont mes proches. Permettez-moi de vous dire que le reportage que vous venez de passer est assez scandaleux pour les candidats que vous annoncez battus d'avance", répondait-elle.

 

Et c'était parti ! "C'est la réalité", l'interrompait David Pujadas. "Laissez les électeurs trancher, si vous le voulez bien", répliquait-elle. Il y avait autre chose. Le reportage sur la deuxième circonscription de Bordeaux, où Alain Juppé affronte la socialiste Michèle Delaunay, l'avait également irritée. "Vous avez cité le candidat UMP cinq fois, et la candidate socialiste pas une seule fois", disait-elle. "Son nom apparaissait à l'écran", plaidait le présentateur. "Peut-être, mais vous ne l'avez pas citée une seule fois. On sait comment marche la communication", insistait-elle. David Pujadas levait, en guise de bouclier, le strict contrôle exercé par le CSA sur le temps de parole. "Ne vous défendez pas ! Ce journal prouve, une fois de plus, qu'il y a beaucoup à faire sur le pluralisme de la presse et le pluralisme politique", disait-elle. "Vous me permettrez d'exprimer mon désaccord", affirmait le présentateur. "Les téléspectateurs jugeront par eux-mêmes", lançait Ségolène Royal avec un rire méprisant censé clore l'incident. Ambiance !

On avait cependant l'impression que cette affaire bordelaise était un prétexte. Car on venait aussi de voir précédemment François Hollande prendre publiquement ses distances avec une initiative de Ségolène Royal. Celle-ci avait annoncé lundi matin avoir "laissé un message" à François Bayrou. "Chacun peut appeler qui il veut. Heureusement, dans une démocratie téléphonique ! Mais moi, je peux ne pas avoir à téléphoner, ni même à vous, ni même à personne", disait aux journalistes le premier secrétaire du Parti socialiste. Démocratie téléphonique !

Et si c'était cette formule condescendante (en clair, elle peut dire ce qu'elle veut !) qui avait, en fait, déclenché la colère froide de Ségolène Royal ? François Hollande s'était retenu, jusqu'ici, de déployer son ironie dévastatrice aux dépens de sa compagne.

Manifestement, il se lâche.

Dominique Dhombres

Article paru dans l'édition du 13.06.07.

Un nouveau concept : la démocratie téléphonique.

par François Alex publié dans : DIVERS
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