Si l'appel au "sursaut" lancé cette semaine par tous les dirigeants socialistes aux électeurs de gauche, ainsi qu'à ceux du MoDem, est entendu, le moral
des troupes en sera amélioré et le travail d'opposition des rescapés encouragé. Mais les résultats d'ensemble ne devraient pas empêcher le PS d'entrer bruyamment et sans doute brutalement en
crise. Avec un maître mot sur lequel tout le monde est d'accord, celui de "refondation". Avec une question à laquelle personne ne sait répondre: Ségolène Royal réussira-t-elle à
prendre le Parti socialiste ? A l'évidence les résultats de ses propres lieutenants influeront sur la réussite de l'opération, certains paraissaient en grand danger à l'issue du premier tour,
tels Jean-Louis Bianco dans les Alpes-de-Haute-Provence, Vincent Peillon dans la Somme, Arnaud Montebourg en Saône-et-Loire. Et, dans une moindre mesure, Julien Dray dans l'Essonne. Mais le
"truc irrationnel" qui porte Ségolène, comme disent ses détracteurs, dépasse de toute façon les rapports de force internes aux socialistes.
En attendant la réunion du conseil national, le parlement du parti, qui sera samedi prochain le premier vrai rendez-vous d'après défaite - "on ne va pas murmurer !" -, la semaine
s'annonce riche en rebondissements, susceptibles, même, de faire de l'ombre aux nouvelles surprises sarkozystes. "J'en ai assez que la vie de mon parti tourne autour de la vie d'un
couple", a asséné Manuel Valls, député maire d'Evry (Essonne) et jeune espoir socialiste. Afin que ce genre de critiques perde de sa pertinence, et que "la vie de couple" en
question ne "pollue" plus les débats politiques, des "clarifications" pourraient être apportées dès lundi matin dans ce domaine à travers le livre Les coulisses d'une
défaite publié aux éditions de l'Archipel, écrit par les deux journalistes de l'AFP qui ont suivi la campagne socialiste Christine Courcol et Thierry Masure. L'un des chapitres qui
devrait faire du bruit est constitué d'un entretien avec Ségolène Royal réalisé la semaine dernière.
Des conventions avant un congrès
Deux autres livres contribueront dans les heures qui viennent à ouvrir en fanfare l'analyse politique de la défaite, celui de Jean-Christophe Cambadélis (strauss-kahnien), au titre subtil,
Parti pris, chez Plon et celui de Claude Bartolone (fabiusien), L'élection imperdable, également aux éditions de l'Archipel, avec Gérard Leclerc, journaliste à France 3.
"Les bouches s'ouvrent", se réjouissent les partisans d'une remise à plat totale de la défaite, quasiment tout le monde à vrai dire. François Hollande, qui s'est vu soudain accusé de
tous les maux, s'est engagé à ce que "rien ne soit mis de côté, rien", et il y a tout intérêt.
Un consensus semble bien exister aujourd'hui - "sauf à ce que chacun nage dans la duplicité !" - pour que la refondation se fasse de façon "rationnelle", selon un processus «
structuré et maîtrisé ». Le premier secrétaire François Hollande s'apprête à présenter au conseil national un "calendrier de travail" dont le rythme serait rapide pour ce qui est de
la refondation: plusieurs "conventions" à thème, ouvertes à tous, pourraient se tenir dans les mois qui viennent, leurs travaux aboutissant au congrès ordinaire qui se choisira, sur
cette base, une nouvelle direction. Il pourrait se tenir, comme prévu, en 2008 après les élections municipales, tous les élus, nous dit-on, convenant de la nécessité de ne pas
"polluer", là encore, cette échéance électorale par un congrès de parti. En ce qui concerne le changement de direction, le rythme serait donc lent. Mais Hollande demandera un vote du
conseil national sur sa proposition "afin que chacun prenne ses responsabilités".
"A prendre ou à laisser"
Parmi ceux qui ne veulent pas "précipiter" les choses, beaucoup souhaitent qu'une direction collégiale, ou une "commission de transition" s'installe autour de François
Hollande. Mais "on n'est pas dans une logique de direction collégiale", tranchent ses proches, et l'initiative d'autorité du premier secrétaire sera "à prendre ou à
laisser". Donc pour le faire chuter "il faudra que ses opposants se fédèrent", insiste-t-on rue de Solferino. Et c'est bien là le hic, puisque ni les caciques du PS ni la jeune
génération qui entend que son heure a sonné ne voudront faire corps avec les royalistes pour débarquer Hollande.
"Oui, on veut aller vite, mais on ne peut pas aller vite tout seul", admet François Rebsamen, numéro 2 du PS qui se serait bien vu devenir numéro 1 si Ségolène Royal n'avait pas
décidé de prendre elle-même la direction du parti. La prétendante devrait réunir les siens dans les jours prochains pour les remercier de cette "belle campagne" et leur tracer des
"perspectives": travailler collectivement à la modernisation du parti mais avec des éléments propres au ségolisme. Au PS, le fond de l'air n'est ni rouge ni blanc, il est "chargé
d'électricité".
photo: François Hollande, Ségolène royal, derrière les sourires... (MaxPPP)
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