Réseau Gonordisk
Etude des systèmes sociaux, économiques, culturels,
technologiques, industriels des pays nordiques
La Suède, miroir de la France dans 20 ans... Albert Camus, 1957
Voulue par la gauche comme par
la droite lors des dernières élections présidentielle et législatives, la réforme des institutions devrait rassembler toutes celles et tous ceux que l'état de notre démocratie inquiète. Atonie
citoyenne, personnalisation excessive de la vie publique, déséquilibres persistants des pouvoirs, atteintes au pluralisme, discrédit des responsables politiques, la France connaît depuis de
nombreuses années une crise démocratique et représentative que la pratique présidentielle actuelle accentue. Force est de constater que les réformes institutionnelles récentes n'ont pas permis de
répondre à cette dégradation et l'ont même amplifiée ! L'adoption du quinquennat "sec" et l'inversion du calendrier électoral ont renforcé la présidentialisation du régime au détriment du
Parlement. Cette réforme inachevée doit s'accompagner au plus vite d'une revalorisation du Parlement sous peine de le voir durablement affaibli, comme en témoignent la dégradation du travail
législatif et son insuffisante capacité de contrôle. De même, l'ajournement de la réforme de la justice en 2000 par le président de la République d'alors a contribué à l'affaiblissement d'une
institution dans laquelle les Français ont de moins en moins confiance.Cette réforme est certes pour le moment encore largement perfectible à nos yeux. Comment pourrait-il en être autrement compte tenu de son origine politique ? Les socialistes ont raison de souligner ses insuffisances et de demander des améliorations. Il est anormal que le Sénat ne puisse connaître l'alternance et que le temps de parole du président de la république ne soit pas comptabilisé.
Mais il est vrai aussi que l'adoption d'une réforme des institutions nécessite par définition un compromis qu'il faudra bien préciser à un moment ou à un autre du processus en cours. Si la gauche était en responsabilité, elle serait confrontée à la même obligation. C'est donc une démarche à laquelle nous ne pouvons échapper et à laquelle nous devons donner une chance, sauf à différer pour de longues années toute réforme de cette nature. Si demain, aux responsabilités, nous proposions des orientations identiques, la droite aurait beau jeu de bloquer notre initiative.
Il faudra donc tirer le bilan des débats parlementaires. Il ne saurait y avoir pour nous une appréciation dictée par une condition impérative, fût-elle légitime. C'est l'ensemble du projet qui devra être évalué en fonction des avancées réelles qu'il apporte à notre vie démocratique. Parce que le Parti socialiste a fait de la réforme des institutions, de leur démocratisation et de la revalorisation du Parlement une priorité de son projet politique, il ne saurait se soustraire à ses responsabilités au moment où des progrès importants peuvent être obtenus dans ce domaine. Pour notre part, nous sommes prêts à les prendre.
Patricia Adam,
députée du Finistère ;
Patrick Bloche,
député de Paris ;
Jean-Christophe Cambadélis,
député de Paris ;
Christophe Caresche,
député de Paris ;
René Dosière,
député de l'Aisne ;
Paul Giacobbi,
député de Haute-Corse ;
Guillaume Garot,
député de la Mayenne ;
Jean-Patrick Gille,
député d'Indre-et-Loire
Gaëtan Gorce,
député de la Nièvre ;
Danièle Hoffman-Rispal,
députée de Paris ;
Jean-Marie Le Guen,
député de Paris ;
Armand Jung,
député du Bas-Rhin ;
Sandrine Mazetier,
députée de Paris ;
Didier Migaud,
député de l'Isère ;
Dominique Raimbourg,
député de Loire-Atlantique ;
Jean-Jacques Urvoas,
député du Finistère ;
Manuel Valls,
député de l'Essonne.
Article paru dans l'édition du 23.05.08.
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