Réseau Gonordisk
Etude des systèmes sociaux, économiques, culturels,
technologiques, industriels des pays nordiques
La Suède, miroir de la France dans 20 ans... Albert Camus, 1957

Jean-Baptiste Quiot
Avec ses « jurys citoyens », Ségolène Royal a jeté un fameux pavé dans la mare. Inspirés des expériences menées en Amérique latine et à Berlin, ces jurys auraient néanmoins un rôle plus consutatif que décisionnel. Réelle avancée vers la démocratie participative ? Ou brillant coup de pub ? C’est le paradoxe de toute campagne électorale. Le soupçon règne en maître. Et, il faut bien le dire, en collant aux sondages, et avec quelques formules suicidaires du genre « mon opinion sera celle des Français », Ségolène Royal n’a rien fait pour désamorcer les procès en démagogie. Du coup, ses « jurys citoyens » sortis d’une boîte à idées, dimanche 22 octobre, lors d’un débat à la Cité de la réussite, sont éminemment suspects. Il faut batailler avec soi-même pour examiner l’idée pour ce qu’elle est, et non comme un racolage de plus dans un contexte empoisonné. Accordons au moins ce crédit à la candidate à la candidature : si tout le monde convient que la représentation politique est en crise, il faut bien imaginer quelque chose. Si, après quinze ans de chiraquisme, la parole politique est à ce point décrédibilisée, il faut bien se demander s’il n’est point temps de baliser le mandat électoral de quelques passages obligés. Que l’argument fasse recette ou pas, il lui permet d’apparaître comme la candidate du renouvellement face à des concurrents obligés de « réagir » plus que de proposer. De plus, dans le contexte actuel de la fracture entre les élites politiques et le peuple, l’égérie des sondages se place à la pointe du débat en se réclamant de la « démocratie participative ». Ce thème, cher à la gauche altermondialiste, lui procure bien une manière engagée et nouvelle de répondre à ce que l’on appelle « la crise » de la représentation politique. Est-ce une simple opération de « com » ? Ou bien, au contraire, l’idée lancée par Ségolène Royal est-elle un moyen de changer le rapport entre gouvernants et gouvernés ? Marion Gret, qui a écrit un livre avec Yves Sintomer - l’un des théoriciens de la démocratie participative (voir notre entretien) - sur l’expérience de Porto Alegre, se dit « agacée » : « Je pensais que ce serait plus intéressant. Et puis, la question du tirage au sort pose problème : sur quelles bases aura-t-il lieu ? De plus, il semble que ces jurys resteront essentiellement des assemblées consultatives. Qu’est ce que ça comporte comme réelle forme de pouvoir ? » Avec le tirage au sort, l’entourage de Ségolène Royal fait référence à la démocratie directe de la Grèce antique. Cependant, il faut rappeler que seuls les magistrats et les chefs de guerre étaient tirés au sort. Quant à l’agora, elle n’était pas un « panel » selon l’expression de la candidate, mais bien la totalité des citoyens athéniens à l’exception notable des esclaves, sur lesquels reposait toute l’économie antique. La particularité de la démocratie grecque n’était pas tant le contrôle des gouvernants que l’exigence de rotation dans les charges officielles : chaque citoyen étant considéré comme capable de gouverner. Même si les « jurys citoyens » effacent la distinction entre gouvernants experts et peuple ignorant, cela grâce à la notion de « savoir d’usage », ils ne donnent pas aux citoyens la réelle possibilité de gouverner, mais seulement d’émettre un avis sur l’action des élus. Lire la suite dans Politis n° 924 jeudi 2 novembre 2006
Que dit Ségolène Royal ? Elle veut, nous dit-elle, « clarifier et préciser la façon dont les élus pourraient être obligés de rendre des comptes à intervalles réguliers avec des citoyens tirés au sort, qui évaluent les politiques publiques ». Une note de sa conseillère Sophie Bouchet-Petersen précise que le but de ces jurys est « d’élargir le cercle au-delà des professionnels de la participation (militants et couches moyennes diplômées) et de refléter la diversité sociale en incluant les catégories ordinairement exclues des dispositifs de participation fondés sur le volontariat ». À ceux qui, à droite comme à gauche, taxent ce projet de populiste, Ségolène Royal rétorque « ne pas avoir peur du peuple » et fonde sa proposition sur le « savoir d’usage » des citoyens.
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